Le piège de l’employabilité
 
Guillaume Tiffon, Frédéric Moatty, Dominique Glaymann et Jean-Pierre Durand (dir.)
2017
Presses universitaires de Rennes www.pur-editions.fr
 
L’EMPLOYABILITÉ est de plus en plus présente dans le langage médiatique, politique, syndical ou patronal. Favoriser, améliorer, développer l’employabilité est devenu un leitmotiv des politiques de l’emploi françaises et européennes, une incantation des employeurs, un objectif prioritaire des conseillers de Pôle emploi et un devoir assigné aux chômeurs et aux salariés. Déjà présente dans les années 1920-1930, la référence à l’employabilité est aussi réactualisée par nombre de chercheurs en gestion, en économie et en sociologie, mais aussi en droit, en science politique et en sciences de l’éducation. Comment cette notion a-t-elle été construite? Par qui et dans quels contextes sociaux? Quels sens lui donnent ceux qui l’utilisent et à quelles fins la mobilisent-ils? Au-delà de ces questions, l’ouvrage interroge les usages sociaux de l’employabilité en montrant comment se référer à cette notion affecte les politiques publiques, le recrutement, la formation et l’insertion dans l’emploi, l’accompagnement des demandeurs d’emploi. Les auteurs interrogent en outre la portée symbolique et la pertinence scientifique de la notion d’employabilité en discutant son utilité pour comprendre le fonctionnement de l’emploi. Ils montrent que cette notion conduit fréquemment à rendre les chômeurs et les personnes mal insérées dans l’emploi responsables de leur situation. Si ce terme polysémique peut recéler plusieurs usages, dans le contexte de chômage massif structurel et compte tenu du fonctionnement de l’emploi, raisonner en termes d’employabilité apparaît finalement plus illusoire qu’opératoire. Cela risque d’enfermer dans un double piège : stigmatiser les chômeurs et persister dans les politiques d’emploi sans résultats face au chômage. Sans modifier les modalités d’usage de la main-d’œuvre, sans augmenter d’une façon ou d’une autre le nombre d’emplois, prétendre améliorer l’employabilité de chacun risque d’avoir pour effet de modifier l’ordre de la file d’attente et d’aggraver l’individualisme et la concurrence au sein du salariat.