Nouvelle Revue du Travail

La Nouvelle Revue du Travail est née en 2012 d’une volonté de plusieurs sociologues du travail qui se rencontraient dans le RT 25 (Travail Organisations, Emploi) de l’Association française de Sociologie., Au-delà des rubriques académiques traditionnelles (le dossier appelé Corpus et des articles généralistes dans Varia), il s’agissait d’offrir des espaces de publications pour des textes en cours de maturité (Matériaux) ou des débats aussi contradictoires que possibles (Controverse). Nous voulions en outre créer un lieu pour parler d’une sociologie par l’image (Champs et contrechamps), là où les sociologues prennent eux-mêmes les photos ou fabriquent leurs documentaires en se préoccupant de l’esthétique et des signifiants sociologiques de leurs images. Enfin, le choix des ouvrages et la dimension critique des Recensions et notes de lectures, confirment l’ouverture de la revue.
La NRT ne possède pas une ligne éditoriale comme on pourrait parler de « ligne politique », loin s’en faut : le comité de rédaction rassemble l’essentiel des « courants théoriques » qui animent la sociologie du travail et la revue publie les textes de toute obédience pourvu qu’ils soient rigoureux et traitant d’objets susceptibles d’intéresser les lecteurs. La présentation générale de la revue affirme néanmoins clairement son regard critique puisque parmi « ses centres d’intérêts figurent les rapports sociaux de domination, de pouvoir et d’exploitation renouvelés par la globalisation du capitalisme financier » (site web de la revue). Mais, la NRT entend « être un lieu de débat théorique et épistémologique plutôt qu’un support à l’exposé d’applications de telle théorie à un nouveau terrain. Elle privilégie les articles qui organisent le double va-et-vient entre le terrain et la théorie d’une part et entre les niveaux micro et macro sociologiques d’autre part » (site web de la revue).
Selon le Comité de rédaction, la tension entre production des connaissances et action est un élément dynamique pour développer une collaboration entre le monde du travail et le monde de la recherche. L’un des objectifs de la revue est de s’adresser non seulement au public académique mais aussi à un public de praticiens dans les entreprises, les administrations publiques et les associations, en particulier à un moment où l’enseignement supérieur forme plus d’intervenants que de chercheurs. Elle s’adresse aussi aus acteurs et militants syndicaux, politiques et associatifs intéressés à trouver, du côté des sciences sociales, des éléments d’analyse et de compréhension du monde du travail moderne pour soutenir ou accompagner son action. Plutôt que de méconnaître ou de sous-estimer la tension entre production des connaissances et actions, il s’agit d’en faire un objet de recherche.

En choisissant de s’intituler la Nouvelle Revue du Travail, cette publication bisannuelle s’affirme pluridisciplinaire. Elle a ainsi publié de nombreux articles et interventions d’économistes, de juristes, de gestionnaires, de psychologues, de philosophes, d’historiens, etc. Elle se veut aussi internationale et publie des papiers venant de l’étranger, dans la langue d’origine et en français : ce qui accroît son impact international.
Cette publication en accès gratuit sur le portail d’OpenEdition (portail scientifique et public) a fourni une extraordinaire opportunité pour la diffusion de la revue en France et à l’étranger : après quelques années de fonctionnement, la NRT attire près de 200 000 « visiteurs uniques », selon la formule d’OpenEdition. Sselon les dirigeants de cette plateforme, 12 à 15% des visiteurs uniques téléchargent ou lisent complètement un article, la revue compte donc entre 24 000 et 30 000 lecteurs, ce qui est évidemment considérable pour une jeune revue. Au-delà de sa diffusion en France, la NRT est notamment lue en Allemagne, aux États-Unis, en Chine, au Maghreb, etc. Depuis le n° 8, une version papier est disponible : si l’ère numérique chasse le papier elle ne saurait le faire disparaître et nombre de lecteurs, en particulier dans les lieux d’échanges intellectuels et militants, continuent à recourir à cette version tangible. Un éventail de tarifs d’abonnements-papier permet à certains souscripteurs de soutenir financièrement la revue.
Parmi les objets abordés dans les derniers numéros - dans le Corpus ou dans la Controverse -, on peut citer le low cost, les plateformes numériques, le genre au travail, comment faire travailler plus, le revenu universel, l’expertise face à la santé au travail, le traitement cinématographique du chômage, etc. C’est dire l’amplitude des thèmes traités, avec toujours des points de vue pertinents qui font de la Nouvelle Revue du Travail un support à la fois académique et destiné à un public plus large, gagné en partie grâce aux réseaux sociaux.

Jean-Pierre Durand

 

Espace de présentation de la Nouvelle Revue du Travail et d'annonces des évènements liés à la revue.

Quel dialogue social ?


NRT8 – CouvertureLe chamboulement des relations professionnelles en France continue. D’un côté l’État dit vouloir moderniser les relations sociales pour les rendre plus efficaces, tout en cherchant à contourner les régulations centralisées, le Code du travail voire les forces syndicales elles-mêmes via le recours accru au référendum d’entreprise. De l’autre, le patronat qui trouve que les réformes ne vont jamais assez loin dans la dérégulation en matière de flexibilisation des emplois et de réduction des coûts du travail. Enfin, un syndicalisme quelque peu divisé, mais aussi écorné par des pratiques quotidiennes antisyndicales dans nombre d’entreprises ou d’administration : promotion des cadres syndicaux potentiels, ségrégation des syndicalistes répression... Dans ce chantier permanent, où l’on débat aussi de la représentativité des organisations syndicales des salariés et des patrons, un empilement de textes rend illisible le principe d’articulation des niveaux de la négociation et la possibilité ou non de déroger à un accord de niveau supérieur. Enfin, les gouvernements successifs font glisser les enjeux des négociations collectives de branche – là où la représentation syndicale est instituée – vers le « dialogue social » d’entreprise, là où les syndicats sont quelques fois affaiblis, voire inexistants dans les plus petites. Le rejet de la loi Travail en 2016 repose largement sur ce refus du transfert des lieux de négociations essentielles : en effet, en France, le syndicalisme d’entreprise est bien moins établi que dans les pays anglo-saxons par exemple. Le Corpus de ce numéro de La Nouvelle Revue du Travail analyse finement les significations de la priorité accordée aux négociations d’entreprise à partir de quelques cas emblématiques. Il donne aussi la parole à deux juristes expertes en la matière avant de proposer un texte inédit en français de J. T. Dunlop et W. F. Whyte sur les relations professionnelles dans l’Amérique de l’après-guerre.

 

Droit et travail

 
Face aux critiques proférées à l’encontre du Code du travail, quant à son épaisseur ou à sa complexité, force est de rappeler que sa fonction première réside dans la protection des salariés et des organisations syndicales face aux abus patronaux. Toute recherche de simplification du Code du travail ne peut donc que laisser craindre un amenuisement de cette protection. Le Corpus de ce numéro de La Nouvelle Revue du Travail interroge le lent glissement des rapports entre capital et travail au bénéfice du premier dans une situation économique profondément transformée depuis les lois Auroux de 1982. Les solutions individuelles en place des accords collectifs, le développement des emplois dits atypiques, les déréglementations dans la fonction publique, etc. apparaissent de plus en plus légitimes face à la mondialisation et à la financiarisation du système socio-économique. Ce Corpus propose aussi des incursions historiques et des contrepoints belges et britanniques.
 

Accès au site de la revue : http://nrt.revues.org/

Indépendance et salariat

Porosité des statuts
 
Les sociologues constatent une « déstabilisation » du salariat depuis les années 1970 à travers la multiplication des formes d’emplois précaires. L’émergence de statuts d’emplois hybrides entre salariat et travail indépendant (avec de nouveaux statuts juridiques) s’observe dans la plupart des pays occidentaux. Les pouvoirs publics encouragent les chômeurs à « créer leur propre emploi » à travers des dispositifs dont le but affiché est de sécuriser les parcours de ceux qui veulent s’engager dans la voie de l’indépendance.

Ce Corpus de La Nouvelle Revue du Travail entrouvre les portes de secteurs diversifiés, avec des qualifications variées, en traitant des contrats d’usage, du tiers employeur, de l’auto-entrepreneuriat, du tâcheronnat ou des coopératives d’activité. Trois cas de figure se présentent : le salariat peut se rapprocher de l’indépendance, les deux statuts peuvent se cumuler et, si l’indépendance peut dans certaines conditions être le moyen de s’affranchir de la dépendance propre au salariat, elle peut aussi être envisagée comme un moyen d’échapper au chômage. 
Peut-on encore opposer si facilement ceux qui travaillent « pour eux-mêmes » et ceux qui travaillent « pour le compte d’autrui », lorsque ce sont les mêmes individus qui adoptent, voire cumulent l’un ou l’autre des statuts ? Comment interpréter cette pluralité de formes de travail indépendant, et le brouillage de statuts qui l’accompagne ? En réunissant des articles explorant des terrains et des dispositifs hétérogènes – pour certains émergents et pour d’autres plus anciens –, ce dossier contribue à éclairer ces mutations du monde du travail.
 

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