Travail, organisation et entreprise

Lara Alouan, Daniel Bachet, Stephen Bouquin, Victoria Clément, Fabrice Colomb, Laurens Deprez, Jean-Pierre Durand, Gaëtan Flocco, Lucie Goussard, Mathieu Hocquelet, André Moulin, Nial Tekin, Guillaume Tiffon, Estelle Vallier.

L’ensemble de questionnements et de recherches en cours ou programmées s’ordonne autour des organisations du travail et de la production de biens ou de services qui sont en permanence combinée avec les effets de l’usage généralisé des technologies de l’information tendant à gommer les frontières entre les diverses temporalités de l’activité humaine.

Le CPN participe au DIM GESTES et soutient activement les revues Les Mondes du Travail et la Nouvelle Revue du Travail . Il est aussi actif dans les réseaux thématiques de l’AFS, tels que le RT 25, le RT 18, le RT 30. Le CPN est pleinement intégré aux travaux de la MSH de Paris-Saclay. Les chercheurs du CPN travaillent en particulier sur les thèmes suivants :

De la sociologie de l’émancipation au retour à Marx

Le séminaire mensuel du CPN a pour thème l’émancipation des hommes et des femmes. L’émancipation dans le travail occupe une place de choix dans ce séminaire à travers l’invitation de sociologues, de philosophes, d’économistes qui s’interrogent sur les solutions à mettre en œuvre pour favoriser « l’auto-émancipation » des salariés et des travailleurs dits indépendants (toutes formes confondues). Un nouveau séminaire sur une relecture de Marx pour penser l’émancipation devrait être mis en place en 2017. Dans le même esprit, la réédition de la Sociologie de Marx (La Découverte) est en cours avec de nouvelles interrogations sur « l’utilité » de Marx au XXIè siècle. D’autres recherches analysent le type d’homme que produisent les sociétés capitalistes, en étudiant notamment en quoi la socialisation à l’accumulation, la compétition et l’accélération, assujettit l’homme et le rend chaque jour un peu plus étranger à lui-même.

La remise en question du monde actuel du travail interroge la manière dont la sociologie du travail pourrait être porteuse d’une critique sociale émancipatrice. Pour cela, en partant de données empirico-critiques sur le travail dans un établissement turc d’un constructeur international d’automobiles, il s’agit de mobiliser des concepts marxiens pour élaborer une critique des pratiques et les rhétoriques managériales.

Sociologie de l’entreprise

La démarche vise une toute autre approche que celle qui a dominé dans les années 1980-1990 et qui délaissait l’inscription de l’entreprise dans le capitalisme contemporain. Les analyses réalisées par le CPN visent la refondation des outils comptables et des modes d’évaluation du travail dans les entreprises. Il se déroule en coopération avec le Collège des Bernardins à Paris à travers un cycle de rencontres européennes réunissant des juristes, des sociologues, des économistes et des comptables en vue de redéfinir les voies à emprunter pour repenser l’entreprise. La refondation de l’entreprise suppose en effet de repartir de la réalité du travail, de la créativité et du collectif qui en déploie les potentialités, puis des dispositifs qui structurent l’entreprise et des systèmes de pouvoirs qui la déterminent.

C’est aussi l’occasion de décrypter trente ans de financiarisation de l’économie et d’en évaluer les effets sur le travail, l’entreprise et l’emploi. L’objectif est de proposer un examen détaillé de l’articulation entreprise/finance/travail et d’avancer des propositions pour mieux penser le travail, le système productif et l’économie réelle.

D’autres recherches portent sur l’évolution de l’emploi et les licenciements liés à la financiarisation de l’économie à travers les restructurations des entreprises et les délocalisations. Il s’agit d’interroger la « banalisation des licenciements » tout autant que les transformations des représentations du travail dans un monde qui tend à le déprécier, y compris à travers des réformes institutionnelles telles que la création d’un revenu universel ou l’unification des aides sociales.

Usage des technologies de l’information et rationalisation du travail intellectuel

La généralisation de l’usage des TIC — associée aux logiques de baisse des coûts, essentiellement de main-d’œuvre­— conduit le management à modifier ses pratiques et à transformer le travail dans l’industrie ou dans les services. Au-delà de l’observation patiente de ces changements radicaux, les chercheurs analysent les discours sur le développement des techniques informationnelles —souvent empreints d'un déterminisme technologique— et sur leurs implications sociales. Ils mettent en évidence les processus de flexibilité, d'évaluations systématiques et de mise en concurrence qui touchent aujourd'hui le travail intellectuel, en particulier dans les domaines de l'ingénierie et de l'encadrement. Certains de ces travaux portent sur des lieux alternatifs qui s’auto-organisent pour produire sans financement et sans échange marchand : ils examinent l'originalité de ces structures autogérées et questionnent leur puissance critique du capitalisme.

Domination et résistance des cadres au travail

Ces recherches s’appuient sur des enquêtes réalisées auprès de managers intermédiaires et d’experts travaillant au sein de multinationales des secteurs de l’industrie et des hautes technologies. L’objectif est de comprendre les contraintes managériales qui pèsent sur ces cadres, les ressorts subjectifs de l’intériorisation de leur domination, ainsi que l’expression et la portée de leurs résistances. La poursuite de cette thématique ne se concentrera plus seulement sur les seuls cadres d’entreprises, mais appréhendera la catégorie dans une perspective plus large et variée (armée de Terre, cinéma et audiovisuel, monde patronal, recherche scientifique) afin d’aborder de front la question de son hétérogénéité.

Sociologie des services

La longue tradition du Centre Pierre Naville dans l’analyse des services permet d’avancer un certain nombre de propositions pour participer à la construction d’une théorie des services. En effet, très étudiés depuis presque deux décennies, les services sont très souvent cantonnés à la relation de service, de façon très empirique, sans que soit traité le travail en back office, la relation salariale ou la relation marchande, tous constitutifs du travail dans es services. La multiplicité des terrains en cours d’investigation (hôpital, grande distribution, logistique, professions libérales, ingénierie, etc.) offre des possibilités de comparaison entre différents secteurs et ouvre la voie vers des conclusion plus génériques. Le Centre Pierre Naville étudie également comment les entreprises de service parviennent à mettre au travail leurs clients, en leur faisant faire une partie de la production. Si ce mécanisme n’est pas nouveau, avec le développement des TIC (automates, Internet, etc.), il connaît aujourd’hui une extension sans précédent, qui renouvelle en profondeur les ressorts de la compétitivité des entreprises et transforme les procédures de consommation comme les conditions de travail et d’emploi des salariés.

Santé au travail

Le Centre Pierre Naville privilégie trois perspectives complémentaires : il s'intéresse aux effets pathogènes des nouvelles formes d'organisation du travail – notamment de l'organisation par projet – en les reliant aux orientations stratégiques privilégiées par les directions d'entreprise durant les dernières décennies. Il investit également ces questions sous l'angle du genre et montre comment l'articulation des engagements professionnels et privés façonnent les conditions sanitaires de l'activité des travailleuses et des travailleurs. Enfin, le Centre Pierre Naville s'intéresse à l'un des acteurs clés du travail de prévention des risques professionnels, les organisations syndicales, pour étudier la manière dont elles investissent ces enjeux et renouvellent leurs cadres d'action.

Les questions de santé au travail restent d’actualité : les maladies au travail peuvent être analysées à travers une meilleure intégration des temps de travail et hors travail, prenant en compte les trajectoires des salariés. Ce sont aussi les catégories et les concepts qu’il faut interroger dans ce champ. Enfin, la santé psychique et au-delà les suicides au travail exigent un renouvellement des approches.

Sociologie du travail scientifique/Sciences studies

L’enquête de terrain en cours porte sur le travail des chercheurs en biologie de synthèse et sur l’impact de leurs objets et résultats de recherche sur la société. Domaine scientifique en plein essor, la biologie de synthèse combine différentes disciplines (génétique, biologie, informatique, etc.) afin de créer de nouvelles fonctionnalités naturelles (dans les secteurs tels que la santé, l’énergie, l’agroalimentaire, etc.). De quelle manière travaillent ces scientifiques et que font-ils au quotidien ? Que contribuent-ils à créer et comment cela transforme-t-il la société ? Quelles controverses cela provoque-t-il dans la société et comment ces scientifiques y réagissent-ils ?

Une autre interrogation porte sur les interactions entre État, industrie et sciences en considérant particulièrement le cas des politiques du sang. En combinant sociologie des sciences et sociologie des politiques publiques il s’agit de mettre en évidence les cadres normatifs qui sous tendent les politiques biomédicales. Les questionnements portent en particulier sur la marchandisation et sur l’artificialisation du vivant. Le repérage et l’analyse systématique des travaux portant sur les politiques biomédicales conduit à dresser une cartographie des différentes approches et résultats de celles-ci, en étroite liaisons avec les théories de l’État puisque celui-ci en est l’un des acteurs essentiels.

Le questionnement porte également sur les politiques de cluster (groupement géographique d’entreprises, laboratoires de recherche et formations supérieures), en tant que forme contemporaine des relations science-industrie-Etat, et notamment sur les répercussions de l’injonction à la coopération dans les pratiques du travail scientifique.

Territoires en transition : vers un nouveau mode de développement

Le groupe de travail est ici composé d’économistes, de juristes et de sociologues. Cette nouvelle manière de comprendre les territoires passe par une nouvelle vision socio-économique portée notamment par les acteurs de l’économie sociale et solidaire et par les forces syndicales au travers de leurs initiatives sur les territoires. Ce sont les circuits économiques à même de relier, selon une géographie variable et selon les contextes socio-économiques, la production et la consommation. Il s’agit de faire émerger une offre de spécificité qui articule entreprise, formation et recherche et qui repose sur la qualité et la coopération des relations entre acteurs et institutions. Ce sous-axe de recherche entre en résonnance avec les travaux effectués dans l’axe « Ville et politiques publiques ».

Comparaison européenne des sociologies du travail depuis l'après guerre

Cette comparaison porte sur onze pays européens (six en Europe de l’ouest et du Nord, cinq en Europe de l’Est) selon une périodisation commune de 1945 à 2017. La grille d'analyse permet d’établir les rapports entre les grandes transformations économiques, les mouvements sociaux ou les mouvements d'idées avec les revirements paradigmatiques ou les glissements d'objets qui ont traversé la sociologie du travail (au sens large, c'est-à-dire incluant les organisations, la formation professionnelle, l'emploi, le genre, l'ethnicité, les technologies, etc.).