WEBINAIRE AVISA – 30 JUIN 2023

« VICTIMES ET HARCELEURS : PRATIQUES JUDICIAIRES, TRAITEMENT ARTISTIQUE ET HISTORIOGRAPHIQUE »

14h30-15h10. Maëliss Nouvel, Université Paris-Cité, « Le sonneur de cloches de Notre-Dame devant ses juges : répression judiciaire et perception sociale d’une affaire de harcèlement sexuel à Dijon vers 1470 »

Le 25 septembre 1471, à Dijon, le substitut du procureur ouvre une information judiciaire sur la plainte de Guillemette, épouse de Guillaume Gros Bois. L’affaire ne se résume pas aux habituelles plaintes pour viol ou tentative que la juridiction municipale a coutume de traiter au XVe siècle : André de la Planque, sonneur de cloches de l’église Notre-Dame de Dijon, s’est introduit au domicile de Guillemette le soir précédant en la pressant d’avoir une relation sexuelle avec lui en l’absence de son mari et alors que la plaignante affirme qu’il l’avait déjà poursuivie de ses assiduités plusieurs jours auparavant, sans qu’il en vienne pour autant à tenter de la violer. La jeune épouse est finalement secourue par trois voisins faisant fuir le prévenu et vient se complaindre devant la municipalité dès le lendemain.

Nous tenons là l’unique plainte pour faits de harcèlement sexuel conservée dans les archives judiciaires médiévales de Dijon, que le magistrat en charge de l’enquête semble d’ailleurs peiner à qualifier. Désigné comme « séducteur de femmes mariées » bien que sa victime l’ait continuellement dissuadé de l’approcher, l’enquête menée par la municipalité révèle bientôt la face cachée du sonneur de cloches : multirécidiviste, l’homme était déjà connu pour des faits similaires par tout le voisinage, jusqu’à se trouver mêlé à une sombre affaire de tentative d’homicide. En donnant à voir une procédure criminelle enclenchée pour punir une forme de harcèlement sexuel en l’absence de qualification reconnue, cet hapax judiciaire permet ainsi d’observer la répression publique dont il pouvait déjà faire l’objet à la fin du Moyen Âge en même temps que les différents modes de régulation sociale venant sanctionner ce comportement à l’échelle infrajudiciaire.

15h10- 15h50. Enora Peronneau Saint-Jalmes, Université de Paris, « Le harcèlement sexuel : angle mort des procès pour viol au XVIIIe siècle ? »

Les procès pour viol, largement sous-représentés dans les fonds judiciaires d’Ancien Régime, ne semblent pas le biais idéal pour écrire l’histoire du harcèlement sexuel. L’ancien droit comporte en effet des subtilités qui complexifient le recensement de sources dédiées à une infraction qui, en vérité, n’existait pas. Avant la naissance du consentement, les enquêtes pour crimes sexuels au XVIIIe siècle révèlent néanmoins des rapports flous entre victimes et harceleurs. Ces liens troubles entre parties adverses, exploités par les accusés, révèlent une certaine vision de la « drague » et des relations amoureuses à l’époque des Lumières. Le recours judiciaire s’avère finalement une arme à double tranchant pour les victimes harcelées. Quelques-unes parviennent certes à convaincre la justice et la société mais les harceleurs, déjà violents aux portes du tribunal, redoublent souvent d’agressivité au moment du procès.

15h50 -16h30. Eloise Moss, University of Manchester , “Crime, Harassment, and the Urban Night”

As a mechanism to impose control over the temporal rhythms of day and night, patterns of work and leisure, and the policing of cities via improved visibility, the expansion and electrification of street lighting during the 1870s held a clear correlation with other colonial systems designed to standardise and regulate time itself (such as Greenwich Mean Time). After the Second World War, when Britain wrestled with the transition from empire to commonwealth, debates that entwined gender-based violence and the utility of street lighting re-emerged. In this paper, I argue that the discursive linkage between women’s vulnerability to crime, especially sexual assault and harassment, in ‘dark’ nocturnal urban spaces was cultivated by the press, politicians, and other institutional actors to cling on to older gender stereotypes that sought to constrain women’s mobility, socially, spatially, and sexually. Repeated calls to introduce an ever brighter street lighting system were rooted in imperial ideologies that used time-management to regulate gender and sexuality, casting women’s nocturnal mobility as an indicator of prostitution, and racializing crime in the inner city to stereotype young Black men as ‘muggers’ likely to assault white women during the 1980s. Portrayed as a means of ‘solving’ the problem of urban crime, street lighting campaigns reinforced the dangers of night-time excursions for women, masking the root causes of gender-based violence.

16h30-17h10. Sebastien Mignot, Université Le Havre Normandie, « Séries télévisées états-uniennes et harcèlement sexuel gay : une histoire de politiques de visibilité »

Tandis que, depuis le début du mouvement [[#MeToo]], certains artéfacts culturels, y compris les séries télévisées, se sont employés à proposer des représentations du harcèlement sexuel hétérosexuel de façon différente et plus complexe que jusqu’alors, il n’en va pas de même en ce qui concerne les gays. Cette communication entend se pencher précisément sur les modalités particulières de la représentation des personnages gays en matière de harcèlement sexuel. Ces dernières s’expliquent en partie du fait de l’histoire complexe et longtemps tourmentée de la manière dont ces identités ont été représentées à l’écran. En effet, les hommes gays ont, de longue date, été associés entre autres au stéréotype du prédateur sexuel. Comment cette triste affinité a-t-elle influencé l’évolution des représentations fictionnelles des violences sexuelles gays ?
Nous tâcherons d’inscrire les schémas de représentation actuels dans la perspective de cette longue histoire. Si nous nous concentrerons ici sur les séries télévisées, nous ne pourrons pas faire l’économie de références à d’autres types de produits audiovisuels (notamment à plusieurs films qui ont fait date en matière de représentation des violences sexuelles gays). De plus, nous nous emploierons à situer le harcèlement sexuel gay dans l’ensemble des représentations de violences sexuelles. L’échelle des violences sexuelles est-elle uniformément représentée ? Nous nous intéresserons également à la quête de respectabilité, objectif militant principal de tout un pan de l’activisme LGBTQ+, qui a longtemps influencé la représentation de ces identités.
Dans cette communication, nous examinerons principalement la représentation des identités gays, mais pas lesbiennes car les questions de violences sexuelles sont particulièrement infléchies par le genre des personnages (qu’il soit question de la perception des agresseurs comme de celle des victimes).

Webinaire organisé dans la continuité du projet AVISA.

ID de réunion : 941 7453 0506
Code secret : 276830